Arrêt de souffle. Arrêt j'étouffe... Début de secousse. Glisser mes doigts le long de la limite, tout me semble extensible. J'aimerai tout briser, débrider nos réalités. annuler ce décentrement cette impression de constant décallage. A mes points de fuite, ma perspective est défectueuse. Mes pensées s'entremêlent dans un flux confus, déversant un tissus d'idées absconses, insaisissables. S'arrêter là. Dans nos détours paralysant. Le bonheur s'atteint-il en envisageant le futur ou en vivant seulement au présent? Je me heurte à ce problème.Toujours. Et toi tu vis comme si demain n'était qu'une notion abstraite. Fillette aux yeux délavés, desséchés par tes peines tu continues à te trainer malgrè tout, malgrè toi, parce qu'il faut bien vivre, survivre dans cet ensemble incohérent qu'est le monde. Pendant que certains sur-vivent, s'étallent se répandent, boulimiques de luxe et de futilité. Mes doigts se serrent, ma machoire se crispe. Jamais satisfaite. Je passe mon temps à faire courir mon regard partout, sur tout, pour attraper quelque chose d'intéressant, allumer un feu d'espérance, de quoi passionner un peu le chemin vers demain. Mais demain c'est loin. Demain c'est quoi? Je sais pas. Je ne me vois pas dans ce demain sans consistance. Alors j'me laisse porter. En attendant...
Fillette appeurée les doigts cripsés sur son ours en peluche, elle regarde les nuages passer et ses yeux scrutent l'horizon infini. Jamais le temps ne lui a semblé aussi long, les espaces aussi vides. Jamais elle n'avait ressenti l'inconstance du monde et aujourd'hui elle en prenait conscience, envahie d'un sentiment étrange, ses mains crispées sur son ours en peluche. Ses cheveux s'entortillent, ses pieds se collent au sol, comme englués, son corps danse avec le vent, elle s'incline, souple brindille blonde, les yeux fâdes. Le coeur vide.
Jeune fille à l'esprit torturé, entre deux eaux, entre deux mondes, le cul entre deux chaises comme on dit, remuée par des ouragan interieurs, elle incarne la paix. Le vacarme est intérieur. L'innocence est un leurre. Elle brille et fond au premier rayon de soleil. Elle fout le camp et nous laisse désemparés, baisés, piégés. Je cherche toujours un sens à tout cela, sans en trouver. Peut-être est-ce justement cela le charme de toutes ces journées passées ici, se trainer, ramper essayer d'y voir plus clair. Nous sommes étrangement singuliers.
Moi j'aimerai être un chat ou un aigle pour pouvoir vivre d'impulsion et de vitesse, dans l'inconscience et la paix, dans la tranquilité d'âme et l'ignorance de toute conception humaine. J'aimerai fuir ces notions qui me brouillent l'esprit et s'entremêlent toujours plus. J'aimerai que ce soit facile. Car ici nous ne sommes maîtres de rien si ce n'est de notre propre malheur.